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Merci pour tout
Notre pèr' qui êt'zaux cieux Toi, le miséricordieux Créateur du genre humain et de tout le saint frusquin. Toi qui règnes sur la terre Du fin fond de l'univers, Adoré des Musulmans Catholiques, Protestants De toutes ces religions qui vont des Juifs aux Mormons Tous unis dans la prière Pour savoir ce qu'il faut faire Pour te suivre Oh tout puissant Dans tous tes commandements. À toi, seigneur des seigneurs Toi qui veut notre bonheur Reçois de ton serviteur Remerciements et honneurs.
Merci pour les cataclysmes Les Ouragans, les séismes. Merci pour les tsunamis Merci bien pour Haïti Tous ces avenirs détruits Ces espoirs ensevelis Sous le chaos des débris C'est vraiment très réussi. Merci pour les cris, les pleurs Merci pour tout ce malheur. Franchement, fallait oser Frapper les déshérités Donner à ceux qui n'ont rien À tous ces crève-la-faim Des pierres pour nourriture Des ruines en sépulture. Je te lance mes bravos et un grand coup de chapeau Pour l'horreur insoutenable Les douleurs abominables. Les veuves, les orphelins Les sans pieds et les sans mains Ces futurs paraplégiques, Tous ces condamnés au "ique", Par ta seule volonté Sont saturés de bonté.
Spectacle un peu écœurant, Je t'avoue bien humblement Ne pas goûter tout le sel De l'humour qui vient du ciel. Mais je salue toutefois La valeur de cet exploit Qui consiste à s'acharner Sur ce que tu as créé. Sans vouloir offrir de fleur, Et malgré mes haut-le-cœur, Je loue ton nom Oh Seigneur Toi, le saigneur des saigneurs.
Au pied du lit
Au pied du lit, bouleversé Je vois cet homme décharné. Le souvenir d'une promesse Me poursuit, me hante, m'agresse. Tête à tête il y a des mois, Gorge serrée, œil qui larmoie. « Non, je ne peux plus vous guérir. Oui, Monsieur, vous allez mourir. » Le Crabe gagne la partie, Bientôt il vient chercher son prix. Quelques sanglots, l'acceptation. Il faut se faire une raison : Pas question de baisser les bras, La bataille jusqu'au trépas. Et puis au fond des yeux la peur De terminer dans la douleur. Une supplique, une demande, La dernière avant qu'on le pende. "Je vous en prie quand viendra l'heure, Faites donc ce qu'il faut, Docteur." Impossible de refuser La volonté du condamné.
Au pied du lit, seringue en main Je pourrais attendre la fin. Ce sera dans un jour ou deux Déjà il n'ouvre plus les yeux. Il suffirait de laisser faire De retourner à mes affaires Laisser le crabe et la nature Éteindre ce coma qui dure. Rentrer chez moi, dans mes pantoufles Me détourner du dernier souffle, Laisser sa femme et ses amis Révoltés devant l'agonie. Mais je vois sa respiration Saturée de ces sécrétions. J'entends le bruit désespéré De l'homme en train de se noyer. Mais je vois ces longs doigts blanchis S'agripper les barreaux du lit. Le corps englué de morphine Souffre plus qu'on ne l'imagine. J'avais promis, j'avais juré Impossible de l'oublier.
Au pied du lit, la main tremblante Je me sens glisser dans la pente. L'aiguille dans la tubulure, Je dis adieu dans un murmure. Je regarde le penthotal Déposer sa dose létale, Inonder ce corps torturé, Et s'en aller le délivrer. La respiration ralentit Le souffle petit à petit Diminue jusqu'à s'arrêter. Il passe de l'autre côté. La famille est dans le couloir Réunie dans le désespoir Je sors et je dis « c'est fini ». On me dit simplement merci.
Dans la nuit, je rentre chez moi Serrer Marie fort dans mes bras.
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